Prospectiv’Eau : actions !
Des actions concrètes pour anticiper les déficits en eau potable à venir
Malgré sa richesse en eau, le Béarn n’échappe pas aux effets du changement climatique. Evènements extrêmes, étés plus chauds, sécheresses prolongées, nappes et sources fragilisées : l’équilibre entre la ressource disponible et la consommation d’eau potable devient un enjeu stratégique. Pour anticiper ces tensions, le Pays de Béarn a lancé Prospectiv’Eau, une démarche collective engagée avec l’intégralité des structures compétentes en eau potable afin de sécuriser l’approvisionnement du Béarn face au changement climatique.
Après avoir dressé un portrait complet de la gestion de l’eau potable en 2024 en associant largement tous les acteurs, la deuxième étape a consisté à mesurer l’adéquation entre les ressources disponibles et les besoins en eau potable à l’horizon 2050. Ce bilan besoins ressources permet de constater les fragilités existantes, mais aussi d’entrevoir des futurs possibles pour mieux appréhender les déséquilibres qui pourraient advenir à l’échelle du Béarn et de ses différents territoires. Tous ces résultats ont nourris l’élaboration d’un plan d’actions opérationnel qui vise à sécuriser à long terme une alimentation en eau potable fiable et résiliente pour tous les habitants du Béarn.

Adopter une approche prospective robuste et prudente face à l’incertitude
Pour évaluer l’équilibre entre les besoins en eau potable et les ressources disponibles, les estimations ont été opérées à l’échelle des Unités Fonctionnelles. Chacune de ces unités correspond à un captage et à tous les secteurs qu’il alimente, indépendamment des limites administratives. Le Béarn en compte 98 au total. Une approche prospective a été mise en place afin de croiser l’évolution des ressources en eau – projetée selon les scénarios climatiques les plus pessimistes (Explore2 RCP 8.5) – avec les besoins futurs en eau potable en 2035 et 2050.
Pour les besoins, un modèle probabiliste a été élaboré. Il consiste à proposer pour chaque paramètre influençant la consommation une fourchette de valeurs possibles.

Des milliers de simulations ont ensuite été réalisées selon une méthode statistique sur chaque paramètre, permettant d’obtenir une distribution de résultats plutôt qu’une valeur unique. Pour chaque unité fonctionnelle, deux situations ont été étudiées :
- une situation moyenne, représentative d’une année de fonctionnement normal
- une situation de pointe, simulant une situation critique où la demande atteint son maximum tandis que la ressource est au plus bas.
Des ressources en déclin et des besoins en légère hausse
D’ici 2050, en Béarn, les ressources mobilisables pour l’eau potable devraient chuter de 6 % en moyenne sur l’année et de 23 % en période d’étiage. Les ressources seront inégalement impactées par le changement climatique selon leur localisation géographique, notamment en montagne, où les baisses de débits des sources pourraient diminuer jusqu’à – 40 % d’ici 2050.
Les besoins en eau potable, estimés aujourd’hui à 35 millions de m³/an, devraient augmenter légèrement (+ 1 % d’ici 2050). Les hypothèses prises font état, à l’échelle Béarn d’une augmentation légère de la consommation domestique, d’un maintien des consommations pour les besoins économiques et agricoles (avec pour ce dernier tout de même, une pression estivale plus marquée avec l’abreuvement du bétail) et d’une maîtrise des fuites d’eau. Au niveau local, 21 unités fonctionnelles verraient la demande augmenter alors qu’elle baisserait pour les autres avec la résorption des fuites et la stabilisation des consommations.

Un équilibre global mais des pénuries locales
A l’horizon 2050, en moyenne sur l’année, nos besoins en eau devraient représenter seulement 43 % des débits prélevables pour l’eau potable, malgré l’impact du changement climatique, ce qui offre au Béarn une marge de sécurité confortable.
Les vraies tensions émergent en situation de pointe lorsque la demande est au plus haut alors que la ressource mobilisable est au plus bas. Cela advient généralement au moment de l’été comme cela a pu se passer en 2022 ou en 2025. Dans cette situation, le Béarn reste encore excédentaire en 2050 mais 75 % des débits d’étiage prélevables sont nécessaires pour répondre au besoin (contre 60 % aujourd’hui).
A l’échelle plus locale, les inégalités entre territoires déjà constatées s’aggraveront à l’horizon 2050. 34 unités fonctionnelles sont considérées comme déficitaires en situation de pointe en 2050 contre 26 aujourd’hui. A ces secteurs déjà en difficulté aujourd’hui, s’ajoutent de nouveaux territoires, qui n’ont jamais connu de pénurie. Le manque de données sur les débits de certaines ressources peut biaiser les résultats et sous estimer les risques de pénurie.

La synthèse des résultats de cette phase de bilan
Sobriété, solidarité et sécurité au coeur du plan d’actions
La démarche Prospectiv’Eau ne constitue pas seulement une réponse technique aux défis du changement climatique : elle a favorisé l’émergence d’une coopération entre tous les services compétents en eau potable à l’échelle Béarn.
Face à la réduction inéluctable de la disponibilité de la ressource en eau, notamment en période estivale et dans les secteurs de montagne, une réponse collective des services en eau potable est nécessaire pour faire face aux déficits de demain. Pour répondre à cet enjeu grandissant, le plan d’actions élaboré, fruit d’un dialogue territorial inédit, ambitionne de transformer notre vulnérabilité actuelle en une résilience partagée.
En plaçant la Sobriété, la Solidarité et la Sécurité (les « 3 S ») au cœur de leur engagement, les acteurs de Prospectiv’Eau engagent le Béarn dans une transition visant à sécuriser l’alimentation en eau potable de chaque citoyen et ainsi à garantir un accès durable à une eau de qualité. Pour traduire cette vision en résultats concrets, la stratégie repose sur cinq ambitions majeures, déclinées en 14 objectifs opérationnels, formant un socle cohérent où la connaissance et la protection de la ressource précèdent l’optimisation des réseaux et la sécurisation lourde des systèmes.
5 ambitions pour structurer les actions à déployer
- Améliorer et partager la connaissance : le diagnostic a révélé des lacunes importantes et une hétérogénéité des données. L’Ambition 1 consiste donc à compléter, harmoniser, centraliser et diffuser la donnée pour que chaque décideur dispose d’une vision fiable de l’évolution des ressources en eau potable. Le maintien d’un dialogue entre structures compétentes est également indispensable pour piloter ensemble la mise en œuvre du plan d’actions.
- Améliorer la qualité des eaux : bien que globalement bonne, la qualité de l’eau est sous surveillance constante face aux risques de pollutions émergentes ou accidentelles et aux effets du dérèglement climatique. L’Ambition 2 vise donc à sécuriser les captages par des périmètres de protection et à adapter les traitements pour garantir une eau de qualité en toutes circonstances.
- Agir pour une meilleure sobriété hydrique : le Béarn fait face à une diminution généralisée de ses ressources. La priorité est donc donnée à la réduction des fuites sur les réseaux et à la baisse des consommations en eau potable de tous les usagers (habitants, collectivités, agriculteurs, entreprises…).
- Rationaliser l’utilisation de la ressource : en situation de pointe, certains secteurs présentent dès aujourd’hui ou à l’horizon 2050 des risques réels de rupture d’approvisionnement. La réponse repose sur un changement des mentalités et une solidarité territoriale : optimiser les captages existants et créer des interconnexions pour acheminer l’eau là où elle manque.
- Améliorer la gestion de crise : l »été 2022 a montré que les pénuries d’eau ne sont plus exceptionnelles. Il s’agit donc de préparer des solutions de secours et des plans d’urgence en cas de pénurie et d’organiser la solidarité à l’échelle du Béarn en cas de crise par la mutualisation de moyens humains et matériels et la mise en place de réseaux de communication.
Un plan d’actions estimé à 23 millions d’euros
La mise en œuvre du plan d’actions représente un engagement financier estimé à un peu plus de 23 millions d’euros, sachant que certaines actions n’ont pas été chiffrées. En effet, les coûts de gestion patrimoniale ne sont pas intégrés dans cette enveloppe. De plus, certaines actions sont difficilement chiffrables au vu de l’hétérogénéité des structures compétentes en eau potable (réalisation d’état des lieux, analyse des fuites…).
Au total, ce montant représente 2,50 € par an par habitant sur 25 ans. Le plan d’action a reçu le soutien de l’Agence de l’Eau Adour Garonne, la plupart des actions étant subventionnables.

Chaque action a fait l’objet d’une analyse multicritères afin de prioriser les projets ayant le plus fort impact sur la sécurisation du territoire :
- Priorité 1 : les actions immédiates et structurantes. Elles concernent principalement la connaissance, la protection de la ressource et les interconnexions d’urgence pour les secteurs déjà fragiles. Ces actions doivent être engagées dans les 3 à 5 premières années. Elles représentent presque la moitié du coût total du plan d’actions.
- Priorité 2 : les actions de consolidation. Elles visent à renforcer la performance des réseaux (rendement, sectorisation) et à engager des travaux d’interconnexion de plus grande ampleur.
- Priorité 3 : les actions de long terme et de vigilance. Il s’agit d’investissements plus lourds et dont la mise en œuvre dépendra des impacts du changement climatique.
Le plan d’actions
Et après ? Pérenniser la mobilisation collective pour assurer la mise en œuvre du plan d’actions
Au travers de sa gouvernance partagée, Prospectiv’Eau a permis de faire émerger une coopération entre tous les services compétents en eau potable à l’échelle Béarn. Ainsi, près de 70 acteurs se sont mobilisés tout au long de la démarche pour construire une vision de long terme de la gestion de l’eau potable.
L’aboutissement de cette mobilisation collective se matérialise par la Charte de l’eau élaborée en mars 2026. En la signant, les acteurs du Béarn s’engageront à poursuivre ensemble le travail amorcé avec Prospectiv’Eau pour sécuriser l’alimentation en eau potable à l’horizon 2050.
Dans cette optique, la Charte définit, pour les sept années du prochain mandat électoral, les modalités de gouvernance et d’animation ainsi que les engagements pour les différents acteurs partenaires. Le suivi du plan d’actions sera donc assuré par un comité de pilotage, qui pourra s’appuyer sur les indicateurs inscrits dans le plan d’actions. En fonction des évolutions observées et des retours de terrain, il sera alors en capacité d’ajuster le plan d’actions et de le faire évoluer au plus près des besoins locaux. Le plan d’actions n’a donc pas vocation à être un document figé mais une stratégie vivante, pilotée collectivement par tous les acteurs de l’eau en Béarn.

La démarche Prospectiv’Eau est pilotée et animée par le Pays de Béarn au service du collectif local d’acteurs de l’eau pour un montant total de 342 000 €. Elle est cofinancée à hauteur de 73 % par l’Agence de l’eau Adour Garonne, 7 % par le Département des Pyrénées-Atlantiques et 10 % par les structures en charge de la gestion de l’eau potable. Les 10 % restant sont financés par le Pays de Béarn.